La fête hindoue de Ganesh, entre liesse populaire et nostalgie d'un pays déchiré

PARIS (AFP) — Dans un déferlement de couleurs vives, au son envoûtant des nanageshvarams (flûtes) et des tambours, des milliers d'hindous originaires du Sri Lanka et du sud de l'Inde ont célébré dimanche à Paris l'anniversaire de Ganesh, le dieu à tête d'éléphant.

Dans "Little Jaffna", quartier compris entre la Chapelle et la Gare du Nord (18e et 10e arrondissements) et peuplé de tamouls originaires de cette péninsule du nord du Sri Lanka, le Ganesh Charurti, la fête du dieu de la sagesse, destructeur des obstacles de la vie, est la plus importante célébration de l'année pour cette communauté.

Parti vers 11H00 du Temple de Sri Manicka Vinayakar Alayam, rue Philippe Girard, le cortège avait à sa tête un gigantesque éléphant en résine, suivi de danseurs tourbillonnant jusqu'au vertige, le torse nu et portant sur les épaules des arceaux en bois surmontés de plumes de paon (kavadi).

Des femmes en saris de couleurs vives, avec sur leurs têtes des pots de terre cuite dans lesquels brûlait du camphre, précédaient le char de Ganesh, fils de Shiva et Parvati, recouvert d'étoffes rouges et blanches et décoré de nombreuses guirlandes de fleurs fraîches et de feuilles d'aréquiers.

"Ganesh est le dieu le plus populaire chez nous", explique Vijaya Ranamanayam, mère de famille de 46 ans, originaire de Jaffna. "Il est proche des gens, bienveillant et nous lui demandons notamment chaque année d'amener la paix dans notre pays qui a tant souffert".

Une guerre meurtrière (au moins 70.000 morts) et oubliée oppose au Sri Lanka, depuis 1972, la rébellion des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), des hindouistes qui veulent l'indépendance du nord et nord-est, au pouvoir central de ce pays peuplé à 75% de Cinghalais bouddhistes.

Le pays a connu un regain de violence depuis fin 2005, après l'arrivée au pouvoir du nationaliste Mahinda Rajapakse.

"Notre pays et ses habitants sont dans nos coeurs, aujourd'hui plus que tout autre jour", confie pour sa part Mutthamihan, 22 ans, devant un petit autel couvert d'offrandes non loin d'un poster du chef des Tigres, Velupillai Prabhakaran.

Kâvimala, elle, "n'est pas venue faire de politique mais pour maintenir la tradition et penser aux aïeux, la nostalgie au coeur". Comme des milliers de femmes hindoues, cette Tamoule de 42 ans, a revêtu son plus beau sari, sept mètres de soie sans attache, que ses trois filles nées en France ont également appris à draper autour d'elles.

Tout au long du parcours, des milliers de coquilles de noix de coco sont brisées et leur eau répandue sur la chaussée, symbole du coeur de l'homme se libérant de son orgueil et de sa dureté.


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